mardi 28 février 2017

Désirer une grosse ?

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Je m’appelle Eugénie, j'ai 29 ans et je pèse 130 kilos pour 1m75. Je suis donc obèse. Obèse morbide même. J'ai l'impression d'avoir passé ma vie à faire attention (et à être obsédée) par mon alimentation. J'ai perdu 30 kilos une première fois par moi-même. Je me suis privée et restreinte pendant trois ans. Puis un jour, j'ai vécu un évènement émotionnel et j'ai repris tout ce poids et plus. Je suis montée à 146 kilos. J'ai été opérée d'un bypass en 2012. J'ai alors perdu une cinquantaine de kilos et je suis arrivée à 96 kilos. Et là, j'ai été tellement complexée par mon ventre, et j'avais tellement l'impression d'être encore obèse et d'avoir enduré toutes ces épreuves pour rien que j'ai fait une dépression nerveuse. J'ai alors repris du poids et je suis maintenant à 130 kilos. J'ai conscience d'être un échec total et j'ai beaucoup de mal à trouver la force de recommencer. Aujourd'hui, je n'ai plus la force de recommencer un régime, de refaire ce parcours du combattant pour finalement peut-être reprendre encore une fois tout le poids perdu au bout de trois ans. Mais je n'arrive pas à vivre en paix avec le corps que j'ai actuellement car j'ai l'impression que ce n'est pas le mien et qu'il faut que j'en change pour pouvoir enfin trouver l'amour, être désirable, désirée et me sentir bien dans ma vie. Le problème c'est que je suis toujours dans l'attente du perdre du poids pour vivre. Et j’ai ce sentiment absolument étouffant du temps qui passe. De cette impression de gâcher ma jeunesse, de gâcher ma vie en peur, en angoisse et en questionnement. Je me dis qu'une personne obèse ne peut pas plaire, ne peut pas trouver l'amour, ne peut pas être intéressante... Donc dès que quelqu'un s'approche de moi, me dit que je suis belle, qu'il a envie d'être avec moi, je me bloque complètement parce que je me dis que cet homme est forcément fou. Seule une personne en misère émotionnelle et sexuelle, n'ayant pas d'autres choix pourrait avoir envie d'être avec moi. J'ai la conviction que seuls des gens complètement détraqués peuvent aimer un corps aussi difforme J'ai la conviction que les obèses n'ont pas le droit au désir et au sexe et encore moins à l’amour. Ou alors seulement avec des gens complètement détraqués qui sont finalement les seuls à pouvoir aimer un corps aussi difforme. Je suis en plus extrêmement complexée par mon ventre qui fait un tablier absolument dégoûtant. Et il y a même de la graisse au niveau du haut de mon pubis, qui fait comme une bosse finalement là où un pubis normal serait plat. Quand je vois une grosse avec un mec canon (ou un mec tout court d’ailleurs), je me dis toujours: «Il a dû la rencontrer quand elle était mince» ou «il a forcément un truc qui cloche ce mec». Parce que, comment peut-on aimer et pire désirer une grosse? Ce qui est paradoxal c'est que j'ai des amis qui m'adorent, j'ai eu des amants qui m'ont toujours affirmé aimer mon corps, des hommes qui m'ont dit que je suis belle et désirable. Mais à chaque fois, je me dis qu'ils ne peuvent pas être des hommes bien ou équilibrés puisqu'ils sont attirés par moi. J’espère que vous aurez une réponse pour moi… Ne serait-ce que pour récolter ensuite des témoignages en commentaire de personnes étant dans le même cas que moi, ou l’ayant été et ayant trouvé une solution à leur problème affectif.

Le billinguisme rend intelligent

Selon une étude menée par l'équipe d'Ana Inés Ansaldo, chercheuse au Centre de recherche de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal et professeure à l'université de Montréal, des années de bilinguisme agiraient sur le cerveau pour augmenter sa capacité de concentration –le fait de pouvoir s'atteler à une tâche sans être distrait par un afflux d'informations superflues. Non pas parce que parler deux langues «musclerait» notre cerveau et le rendrait plus fort, mais au contraire, parce celui lui permettrait de devenir moins gourmand en ressources énergétiques et dès lors plus efficient. Pour arriver à ce résultat, Ansaldo et ses collègues ont comparé les connexions fonctionnelles du cerveau de personnes âgées unilingues avec celles de personnes âgées bilingues, en demandant aux individus des deux groupes d'effectuer un exercice exigeant de se concentrer sur une information visuelle (la couleur d'un objet) et d'ignorer une information spatiale (l'endroit où l'objet apparaît) présentée simultanément. Il en ressort que les unilingues recrutent un circuit neuronal plus étendu et plus riche en connexions, tandis que le cerveau des bilingues en passe par un circuit plus limité, mais plus approprié au type d'information cible. En l'espèce, le cerveau unilingue exploite un ensemble de régions liées au traitement visuel, moteur et de contrôle de l'interférence, situées dans les lobes frontaux. Tandis que «le cerveau bilingue privilégie l'utilisation de la zone de traitement visuel située à l'arrière du cerveau. Cette zone est experte dans la détection des caractéristiques visuelles des objets, donc experte dans la tâche en question», explique Ansaldo. Selon la scientifique, «grâce à des années de pratique quotidienne de gestion de l'interférence entre deux langues, les bilingues sont devenus des experts dans la sélection des informations pertinentes et l'inhibition de celles qui pourraient distraire de l'objectif». Ce qui indiquerait que «le cerveau bilingue est plus efficace et économe, car il recrute seulement des régions expertes». Une rentabilité apparemment payante sur le long terme: vu que les bilingues obtiennent le même résultat en évitant de solliciter des régions frontales, sensibles au vieillissement, cette économie de moyens pourrait contribuer à expliquer pourquoi les bilingues semblent relativement protégés contre les manifestations de la sénescence du cerveau, et notamment les démences liées à l'âge.