vendredi 1 décembre 2017

Traverser l'Arctique

Ce mois-ci, j'ai effectué un voyage en Norvège. Rien de bien extraordinaire, si ce n'est que j'ai découvert le pays d'une manière originale : à bord d'un Hurtigruten. C'est à mon avis l'une des façons les plus plaisantes de pénétrer dans les régions les plus au nord du globe : à bord des légendaires navires à vapeur Hurtigruten, qui depuis plus d'un siècle parcourent la côte depuis Bergen jusqu'au cœur du cercle arctique. Hurtigruten (qui signifie « Itinéraire rapide ») longe les dentelles de la côte, une région de fjords scintillants, de glaciers grinçants et de montagnes à fleur de ciel. Cette ligne de ravitaillement vitale pour les villes isolées du nord de la Norvège - certaines ne sont toujours accessibles que par la mer - est composée de navires à vapeur acheminant passagers, courrier et marchandises vers 35 ports lors d'un voyage aller-retour de 5150 kilomètres (les allers simples sont aussi possibles). Les excursions à terre sont nombreuses, par exemple une journée dans l'historique Trondheim (troisième plus grande ville de Norvège et capitale jusqu'aux années 1200), ou une escale à Bodø (portail des îles Lofoten). Tromsø mérite également d'être présentée. Plus grande ville à l'intérieur du cercle arctique dans les pays nordiques, elle abrite l'université, la brasserie et la cathédrale les plus au nord du monde (ce qui lui vaut le surnom de « Paris du Nord »). C'est aussi l'un des meilleurs endroits pour observer les aurores boréales. Le planétarium boréal de Tromsø permet notamment de découvrir les lois scientifiques qui régissent ces célèbres drapés de lumière. Le voyage en bateau a ensuite continué jusqu'à Hammerfest, l'une des villes les plus au nord sur Terre, et l'éthéré Nordkapp (cap Nord), une falaise de granit à pic qui s'élève à 300 mètres au-dessus de la glaciale mer de Norvège. Le plateau du Cap est un endroit lunaire, aussi sauvage qu'abandonné : rien n'y pousse. Impossible de contempler ce paysage désolé sans éprouver un frisson. Tous les touristes ne semblent pas apprécier cette désolation, et préfèrent le bar à champagne de l'observatoire situé au sommet de la falaise, où l'on a l'impression d'être sur le point de « basculer par-dessus le bord du monde » (pour reprendre les mots écrits par un pèlerin italien en 1664). Le dernier port s'appelle Kirkenes, 385 kilomètres au-dessus du cercle arctique, à la frontière avec la Russie. Là, le navire fait demi-tour et retourne chez lui. Cette croisière ne s'apparente, ni dans ses paysages, ni dans ses navires, à une croisière telle qu'on peut l'imaginer. Ici, pas de ville flottante. Les navires Hurtigruten, qui ne s'encombrent pas d'un casino ou un d'un spa, ne sont pas des paquebots, et c'est précisément là que réside leur charme. Les cabines sont plus modestes que luxueuses, mais une fois le voyage entamé, tout est éclipsé par mère Nature : des fjords au bleu profond, un océan implacable, des ciels aveuglants et, avant tout, l'impression palpable d'aventure dans la partie la plus au nord du globe. La neige et le froid me manquent tellement que je me suis décidé à m'offrir une randonnée en motoneige le mois prochain. Cela ne vaudra certes pas le cercle arctique, mais l'activité peut tout de même être intéressante. J'ai hâte d'avoir la sensation de me retrouver dans un roman de Jack London. Pour en savoir davantage, je vous recommande la lecture du blog sur ce de randonnée en motoneige qui est très bien rédigé sur ce thème.