jeudi 13 octobre 2016
Le consentement philosophique
Jacques Maritain affirme que «cette sorte de consentement commun est tout ce qu'on
peut attendre pour une doctrine quelle qu'elle soit de philosophie morale, car aucune ne
peut prétendre en fait obtenir l'assentiment complet et universel de tous les esprits [...]83».
Brunet et Morin disent-ils autre chose lorsqu'ils remarquent que «quand on cherche des
balises en matière morale, la pratique séculaire de l'éloge et du blâme comporte une
sagesse utile, éclairante; elle permet aux êtres humains de s'apprécier mutuellement, de se
juger à l'oeuvre, de s'entraider à garder la bonne route ». Quant à Olivier Reboul,
s'interrogeant sur ce qui vaut la peine d'être enseigné et d'être appris, il range «les opinions
qui font l'objet d'un consentement culturel» aux côtés «des savoirs qui ressortissent à la
raison humaine ». Consentement culturel, éloge et blâme, consentement commun. Ces
énoncés ne nous semblent pas très différents du résultat attendu de cette délibération
dialogique, de cette discussion rationnelle sur l'action la plus raisonnable à mener dans
telles ou telles circonstances. Est-ce bien là la seule vérité accessible à l'homme? Pourtant, ce sont les mêmes auteurs qui défendent vigoureusement la nécessité de la vérité
comme fondement de la connaissance, car «[...] sans vérité, pas de connaissance à
proprement parler», et qui soutiennent la possibilité pour les hommes d'y accéder
autrement que par le plus petit dénominateur commun ou que par pure convention. Brunet
et Morin ne postulent-ils pas que «par-delà la diversité des coutumes des différents peuples
au cours des âges, il y a de l'universel et du fondamental, il y a une sorte de "conscience
commune" de l'humanité. D'ailleurs, s'il en était autrement, comment pourrait-on s'expliquer qu'un document tel la Déclaration des droits de l'Homme ait pu voir le jour? »
Le plaidoyer de Maritain n'est-il pas semblable lorsqu'il invoque que «si nous n'avons
aucun moyen de déterminer en quoi consistent la liberté, la justice, l'esprit, la personnalité
humaine, et la dignité humaine, et pourquoi ces choses-là sont dignes qu'on meure pour
elles, alors toutes les douleurs et les immolations de la guerre contre Hitler [...] n'ont été
souffertes que pour des mots».
Évidemment, nous connaissons bien les dangers inhérents à la prétention de connaître ou
de posséder la vérité: l'autoritarisme et l'endoctrinement n'ont-ils pas fait suffisamment de
ravages au cours des siècles? Et pourtant, si nous tenons avec Reboul «qu'il n'y a pas
d'éducation sans valeurs», que «cette thèse résiste aux objections, celle du positivisme,
celle du relativisme et celle de l'indifférentisme [...]» et, avec Maritain, «qu'il n'y a pas
d'unité ou d'intégration sans une hiérarchie stable des valeurs», comment alors jugeronsnous
des valeurs et de leur hiérarchie quand nous sommes confrontés à des points de vue
divergents à ce sujet? Et comment enseignerons-nous l'éthique? A lire aussi sur le site de référence http://www.seminaires-entreprises.com